Tais-toi et Regarde #5 : SHERLOCK, de S.Moffat & M.Gatiss

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     L’histoire de Sherlock Holmes n’est pas neuve, bien au contraire. L’oeuvre de Sir Arthur Conan Doyle a été adaptée à de nombreuses reprises (254 fois, j’ai vérifié) , de manière plus ou moins fidèle.

     Mais croyez moi, jamais vous n’avez vu une adaptation comme ça. Retour sur la série coup de coeur, à l’aube de la quatrième saison.

Quoi ? Par Qui ?

     Il y a 6 ans, Steven Moffat, maitre de la BBC depuis plusieurs années avec Doctor Who, et son complice Mark Gatiss prennent le pari de lancer une série moderne et audacieuseusement British, mais peut être “un peu trop arty”, comme ils le disent si bien. Le résultat est pourtant là: nominations et récompenses à la pelle, ovation de la part des critiques comme des internautes, avis dithyrambiques. Tout le monde semble (re)tomber sous le charme du détective le plus connu de tous.

     Mais concrètement, Sherlock, qu’est ce que c’est? La série, ou plutôt mini-série, puisque chaque saison est constituée de seulement trois épisodes de 90 minutes, prend le pari de réaliser une adaptation moderne des aventures du détective. Les éléments primordiaux de l’oeuvre sont bien conservés : le duo Sherlock Holmes/John Watson interprétés par Benedict Cumberbatch et Martin Freeman, l’appartement du 221b Baker Street, Mycroft, Lestrade, Moriarty, les caractères de chacun, les enquêtes…Mais ce qui est novateur, c’est le fait que tout ceci soit transposé dans le Londres du XXIe siècle. Chaque épisode reprend une enquête du détective, à l’instar du fameux chien de Baskerville.

Dieu bénisse la BBC !

    Steven Moffat et Mark Gatiss réussissent là où Guy Ritchie n’avait connu qu’un succès en demi teinte ( désolé, Robert Downey Jr. , on t’aime quand même!) : redonner au personnage de Sherlock Holmes un rayonnement moderne et décalé. Transposée à notre époque, la série se pare des éléments de notre société : l’addiction de Sherlock n’est plus à l’opium mais aux matchs de nicotines, il résout ses enquêtes en envoyant des textos ou en se servant de traceurs GPS, Watson tient un blog internet dans lequel il raconte leurs aventures (et qui est véritablement consultable sur internet). Les problèmes, eux aussi, sont recontextualisés : la relation entre Sherlock et Watson est plus qu’ambiguë et en amuse beaucoup au sein même de la série, Holmes dirige un réseau de SDF et est un maitre des expériences avec des éprouvettes, incrustation de bullet times ou de bulles de textes similaires à ce qu’on peut trouver dans le jeux vidéos actuels. Tout vise à moderniser l’oeuvre de Doyle sans la dénaturer, et ça marche ! 

     Complexe, inventive, moderne, drôle sans être légère, Sherlock a donc tout pour plaire, et c’est sans compter sur son casting irréprochable. Benedict Cumberbatch y est prodigieux dans son rôle de génie sociopathe, autiste et toxicomane, et on comprend dès le premier épisode pourquoi ce rôle a été le tournant de sa carrière. On imagine difficilement un autre Sherlock que le sien, tant le rôle lui colle à la peau. Mais loin de rendre le détective antipathique, on a rarement vu un Sherlock Holmes aussi complet et attachant.

      Martin Freeman, habitué aux seconds rôles, tire ici son épingle du jeu en délivrant enfin un Dr. John Watson qui ne soit pas que le sidekick dénué de personnalité, simplement présent pour respecter l’histoire et combler le vide. Son personage est là tout en nuances, jamais cliché.

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      Le coup de coeur va à l’interprète de Moriarty, Andrew Scott, qui nous donne ici un méchant comme on en a jamais vu en seulement quelques épisodes. Oubliez les incarnations plates et sans saveur de ce nemesis, celui ci vous donnera la chair de poule et vous fera faire des cauchemars pendant des semaines. Que c’est bon d’avoir enfin un vrai méchant.

     Sherlock est également une oeuvre visuelle par excellence. La série multiplie les hommages à l’oeuvre originale en y glissant des easter eggs et des clins d’oeil directs à répétition (comme dans le roman, les escaliers de l’appartement compte précisément 17 marches).

Malgré le fait qu’elle se déroule à notre époque (à l’exception de l’épisode Christmas Special: The Abominable Bride qui se déroule lui en 1895) , la série réussit à conserver l’atmosphère victorienne qui fait la force de l’oeuvre originale. On s’attend parfois à voir surgir une caleche entre deux textos envoyés, et cette dualité est artistiquement brillante, et signe que la série est efficace dans ce qu’elle entreprend.

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     Une importance fondamentale est accordée à la scénographie de le série, et plus particulièrement aux détails. La symétrie et l’anti-symétrie sont les deux procédés phares de construction. Les looks de Moriarty et Sherlock sont spécialement conçus pour être totalement en opposition, créant ainsi un doux et subtil contraste entre les deux némésis, renforçant leur duel à distance. Chaque plan large est travaillé pour respecter une symétrie et une linéarité parfaite (ce qui est connu pour faciliter la capture de l’image par l’oeil et inconsciemment plaire plus), comme le montre la vidéo suivante:

     Enfin, le format de trois épisodes de 90 minutes par saison permet un meilleur développement de chaque intrigue, et chaque fin amène soit un véritable sentiment de satisfaction soit un cliffhanger intenable.

   Seule ombre au tableau, l’attente entre la sortie des saisons, due majoritairement à la place que tient Doctor Who sur la chaine et l’emploi du temps chargé des deux interprètes principaux. Ceux qui ont vu la série au moment de sa diffusion le savent bien, vous n’avez pas connu la souffrance tant que vous n’avez pas eu à attendre deux ans avant d’obtenir les réponses après la fin dramatique de la saison 2. Mais rassurez vous, 3 saisons sont déjà disponibles, soit plus de 5000 minutes de visionnage, et la saison 4 arrive le 1er janvier 2017.

Maintenant, tais-toi et regarde ! 

Au risque de me répéter, Dieu bénisse la BBC !

     La série n’a pas volé ses récompenses, et moi même ainsi que les millions de Sherlockiens ne pouvons que vous conseiller de la regarder, si ce n’est pas déjà fait. Embarquez votre acolyte Watson, armez vous de votre esprit logique affuté et foncez sur cette bombe télévisuelle incroyable qu’est Sherlock.

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