Gianfranco Rosi “FUOCCOAMARE, par de-là Lampedusa” – Approche cinématographique sur les habitants de cette île et les réfugiés

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A l’occasion de sa sortie nationale le mercredi 28 septembre, le cinéma d’art et d’essaie Sémaphore de Nîmes projetait le film de Gianfranco Rosi, Fuoccoamare, par de-là Lampedusa. 3 représentants d’associations humanitaires ont répondu présent pour offrir en fin de projection un débat autour du film et de la question des migrants. Un débat pour le moins peu animé, ce qui peut se comprendre quand on a vu le film: on se retrouve partagé entre le sentiment d’indignation transmis par des images réelles à propos du sauvetage des migrants, et usé par l’intensité douce transférée au travers des images du film. 

Le prix d’Ours d’Or pour une narration particulière 

Il n’y a rien à redire quant à l’esthétisme du film. Pourtant, pas de mise en scène, aucun scénario, il n’y a pas d’acteurs, et les images sont réelles. Il s’agit donc d’un film-documentaire, qui ne vise cependant pas à donner un aspect politique. Avis aux lecteurs, et éventuels spectateurs en devenir: le film ne suit aucune linéarité narrative, et est dépourvu d’une trame. Le réalisateur, nous y livre une vision brute sous forme de diptyque, authentique et sans artifices du mode de vie des habitants, et des sauvetages qui ont lieu sur la même île.

Une authenticité revendiquée par Gianfranco Rosi, réalisateur autodidacte qui dans une mise en scène absente, s’est plongé en immersion (chez les habitants, ou au cœur des missions sauvetages).

Synopsis 

Sur l’île de Lampedusa, Samuele, 12 ans, est un enfant dynamique qui aime jouer. Il entend chaque jour parler de gens qui tentent d’atteindre son île, frontière symbolique de l’Europe. Qui sont ces gens ? Des milliers de migrants en quête de liberté.

“Pour moi, le cache fait partie de la narration […] Quand vous filmez, c’est votre position et votre relation avec le personnage qui est fondamentale” (G.R lors d’un entretien avec l’AFCAE)

La notion de double dynamique: une séparation invisible pour un parallélisme ressenti

“Fuoccoammare”titre du film, est pris de la chanson la plus populaire de l’île. L’oxymore évoque le rapport de ses histoires qui ne se croisent jamais: il n’y a pas d’interaction entre les habitants et les migrants, sauf le médecin de l’île qui intervient dans les missions. Pourtant, ces deux temporalités parallèles, l’une qui dépeint un quotidien calme, quasiment vide et silencieux, l’autre qui démontre l’agitation, l’attente, le drame, se contrebalancent et se soutiennent tout au long du film en vu d’un aboutissement. C’est donc à travers une riche composition à voix multiples (Samuele, sa mamie, le plongeur, le type qui gère la seule radio de l’île, le médecin) que Gianfranco Rosi nous délivre un film finalement plus humaniste qu’il n’y parait: certains s’expriment pour ceux qui ne le peuvent pas. En effet, rares sont les témoignages des réfugiés, si ce n’est une seule fois lorsque ceux-ci chantent de façon cathartiques les malheurs encourus jusqu’à leur arrivée.

 

Gianfranco Rosi reste lucide: son film ne changera rien, mais… 

Le réalisateur ne fait pas de prétention et est même plutôt claire: son but n’est pas de délivrer un message, une thèse, ou d’informer, “beaucoup de données écrasent notre perception et nos émotions vis-à-vis du réel” dit-il. Mais il souhaite tout de même créer une prise de conscience émotionnelle. Il procède par ce qu’on pourrait appeler un “implicite attractif”: à travers un film épuré et des portes fermées. Il veut rendre le spectateur curieux, intrigué, lui faire faire un travail de l’intérieur par l’imagination et la sensation, sans que toutes les clés d’interprétation lui aient été données, susciter “un état intérieur brute bien plus fort que ce peuvent susciter les informations sur le même sujet”.

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