« Chanson douce », de Leila Slimani – Prix Goncourt 2016 et pourquoi?

Vous aimez ? Partagez !

Le Prix Goncourt 2016 a été décerné jeudi 3 novembre à Leila Slimani pour sa Chanson Douce. Elle se voit être la 12ème femme primée de l’institution à seulement 35 ans et pour un deuxième roman (le premier étant Le jardin de l’Ogre). 

Le roman relate l’histoire d’une famille: du couple des parents et des enfants (en bas âge) tout naturellement, mais aussi et surtout, de Louise, la nounou. Cette dernière semble parfaite, elle est aimée des enfants, et les parents lui sont si reconnaissant pour la légèreté et le confort qu’elle apporte à leur vie de bobo parisien.

Je vous voir venir: quand-est ce que ce trop de calme et de perfection se voit-il détruit? Leila Slimani ne tourne pas autour du pot et c’est sans langue de bois qu’elle le révèle: dès la première page, si ce n’est dès la première ligne, la première phrase. Ainsi, tout le caractère banale du résumé s’envole très vite, ou bien il n’a jamais existé, car on vous accueil au pied d’un drame des plus horribles.

« Le bébé est mort. Il a suffit de quelque seconde. »

L’auteur s’inspire d’un fait divers qui a eut lieu à New York en 2012: en rentrant de la piscine avec l’un de ses enfants, une mère découvre en rentrant chez elle, ses deux autres enfants poignardés. Ils étaient à ce moment sous la garde de la nounou. 

Un style épuré, une plume qui séduit

Suite à la remise du prix, Leïla Slimani est invitée chez La Grande Libraire, accompagnée d’Eric Emmanuel Schmitt (qui a récemment fait son entrée au jury du prix Goncourt avec Virginie Despentes). Celui-ci y évoque l’économie du langage de Leila, qui « ne prend pas de pause pour montrer comment elle écrit », et qui « est au service de son histoire et de ses personnages ». L’auteur de Chanson Douce révèle sa quête de limpidité, de clarté, et juge son roman comme un exercice de précision. Un langage sans détour et sans prétention: l’auteur séduit par un style sec, et tranchant, qui épouse tout à fait le sujet.

Une forme soignée

Un commencement, par la fin. Ce choix de forme permet de contrebalancer avec un sujet qui est a priori sans intérêt narratif,  autrement dit, de passer de façon remarquable de l’histoire banale à la tragédie. Il s’agit aussi de capturer le lecteur d’emblée afin de le rendre actif. Le défi que relève donc l’auteur, est celui de maintenir de façon efficace un accompagnement avec le lecteur, qui sans jamais diagnostiquer, va chercher pourquoi Louise a tué les enfants.

Personnage invisible : la nounou

Leïla Slimani tient pour leitmotiv l’émergence de l’obscurité derrière chaque apparence calme et sereine. Ici en l’occurrence, c’est le cauchemar absolue qui surgit de l’ordinaire. Elle choisit donc pour cela un personnage peu usité qui est celui de la nounou. Ici tout du moins, elle fait ressortir au fur et à mesure, les fêlures d’une femme impliquée et dévouée, qui rend la vie meilleure, sauf la sienne. Le contexte n’est donc pas sans rappeler la vie de domesticité, qui interroge celle de la liberté. L’auteur qualifie non plus le personnage mais l’individu exerçant la profession de nounou comme quasi invisible. Elle met donc en scène un personnage oscillant: où est sa place? Alors qu’elle entretient une relation d’une grande intimité, elle ne fait et ne fera jamais parti de la famille. Alors qu’elle entretient parfaitement une maison et qu’elle fait du bien autour d’elle, ce n’est ni les siens, ni sa maison. Elle est donc vouée à la solitude, et privée d’ancrage identitaire. Le nid qu’elle se fait de façon inquiétante aboutit à un rapport de dépendance malsain avec les parents. A force de confort, ces derniers vont perdre le contrôle du foyer.

(Visited 33 times, 1 visits today)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *